Session inter-ministères 2019

Mis à jour : 8 févr. 2019

La session inter-ministères a revêtu une forme inédite pour son édition 2019. Lors des deux premiers jours, les étudiants de l’IFM et les séminaristes se sont joints à un événement plus large : L’Université de la solidarité et de la diaconie. L’intuition des organisateurs de ces journées prend sa source dans la déclaration du pape François « comme je voudrais une Église pauvre pour les pauvres ». En réponse au souhait du pape d’une communauté chrétienne proche des pauvres, cette université se voulait de créer un espace de rencontre ouvert à tous pour apprendre les uns des autres. C’est ainsi qu’en plus des différents services de solidarités du diocèse, elle a intégré à la manifestation des personnes vivant dans une grande précarité.

Après un petit-déjeuner convivial et un bref temps de louange, l’accueil des participants s’est fait sous les applaudissements provoqués par l’énumération des provenances cantonales des différents groupes. Dans cette ambiance chaleureuse, tous étaient invités à faire l’expérience d’une discipline théologique nouvelle : celle de l’imprévu. Le corolaire de cet abandon à la Providence, disait M. Pascal Bregnard, est de permettre la rencontre. Pour ce faire, il est nécessaire de se laisser surprendre. Or, ajoutait-il, le lieu privilégié de cette expérience se trouve dans nos fragilités. Son propos se terminait par une question que lui-même avait reçue à Lourdes lors des journées Diaconia 2013 : « qu’est-ce que je découvre de Toi à travers la rencontre de l’autre ? ». De fait, une transition inopinée n’a pas tardé. Deux clowns ont surgi pour délivrer, à travers un numéro court et plein d’humour, un message similaire.

Trois témoignages ont suivi la performance des clowns. Amadou de Genève nous a raconté les guérisons qu’il avait reçues dans sa vie grâce à la Parole de Dieu. Il soulignait avec force la valeur de sa dignité, qui avait d’abord semblé lui échapper, puis qu’il avait à nouveau ressentie ainsi que celle des liens renoués avec sa famille au Sénégal. Des enregistrements de détenus ont été ensuite diffusés. Olivier, Ali et Giullo bien qu’incarcérés ont pu ainsi témoigner de la joie et de la liberté intérieure que procure le pardon. Ils ont mentionné l’importance d’avoir été écoutés lors de visites et la confiance que celles-ci leur ont permis de retrouver. Enfin, l’abbé Jean Burin des Roziers a témoigné de ce qu’il avait retenu de trois expériences pastorales dans le domaine de la solidarité : la gratuité et la simplicité des rapports les uns avec les autres.


Des partages bibliques en petits groupes ont été mis en place après, puis le conférencier principal, invité de France, a tenu un premier entretien : le père Étienne Grieu sj. Originaire de Normandie, il disait avoir gardé de bons souvenirs du catéchisme, de l’aumônerie et des scouts. Pourtant, vers 15 ans, sa foi s’est refroidie. C’est alors qu’en vacances dans une maison de religieuses infirmières, il est frappé par la joie et le sens de la réalité de ces sœurs. Durant la même période, il fait la rencontre d’une personne alcoolique et hypersensible proche de la communauté. Grâce à lui, le père Grieu découvre ce qu’est vivre dans un contexte difficile. Malgré ces problèmes, cette personne avait un immense désir de Dieu. Par la suite, au cours d’une forte dépression, il fait une overdose et meurt. L’importance de la foule à ses funérailles a témoigné du rayonnement de sa foi. Cet événement a joué un rôle déterminant dans la vocation du père Grieu. Plus tard, après des études de géographie, il entre chez les jésuites. Deux expériences ont retenu son attention et éveillé sa sensibilité aux autres et à la question de la solidarité au cours de ses études de géographie et de théologie : un voyage en Inde et un stage dans un service de diaconie. Il a été surpris de se trouver à l’aise dans des situations qu’il estimait et ressentait comme difficiles au départ. De son vécu au service des plus pauvres, il retient cette intuition sur la diaconie : « la solidarité n’est pas une éthique, mais un rendez-vous avec le Christ ». Par conséquent, il n’est pas dans sa nature de devenir un service spécialisé, mais elle doit être le souci de toute la communauté chrétienne.

La suite de la journée consistait en des ateliers divers en petits groupes. Les activités proposées visaient à favoriser des partages spécifiques sur des situations concrètes avant de faire une remontée en plénum. Une veillée de prière était organisée le soir lors de laquelle les participants ont pu vivre un lavement des pieds avant un temps d’adoration et de confessions.

Le deuxième jour s’est poursuivi dans un climat de prière et de confiance. Des partages bibliques en petits groupes et tous ensemble ont eu lieu à nouveau. Après quoi le père Grieu a donné un enseignement sur la place des plus vulnérables dans la communauté chrétienne. Pour nous pousser à réfléchir sur ce sujet, il a formulé trois objections à la nécessité qu’ont les chrétiens de porter secours aux démunis. Premièrement, est-ce que l’Église ne risque pas de se transformer en ONG en agissant de la sorte ? Deuxièmement, ne fait-on pas ainsi de l’activisme ? Troisièmement, s’agit-il de promouvoir la liberté à travers ces actes ou une forme de dépendance ? Pour sortir de ces apparentes contradictions, le père Grieu proposait de regarder le Christ à partir de la réalité suivante. Jésus nous libère de nos maux à travers son être. Il est venu dans le monde comme un envoyé et un serviteur. Partant, le chrétien, à sa suite, n’est plus un propriétaire. Il a tout à recevoir de Dieu. Cette attitude libère de l’angoisse de l’évaluation, soulignait le père Grieu. L’humilité et la disponibilité permettent de garder les mains ouvertes pour les autres. En outre, le message de Jésus est celui de l’Alliance nouvelle, c’est-à-dire d’un lien établi entre Dieu et les hommes. Ici, il n’est pas question de contrat, ni de calcul. L’ouverture est totale. Le père Grieu faisait remarquer la présence des disciples lors de la mission de Jésus. Ceux qui ont été appelés par Jésus sont emportés à sa suite par cette dynamique du don et ils ne restent pas renfermés en eux-mêmes, Pour aller plus loin, le père Grieu nous rendait attentifs aux possédés et aux suppliants qui interviennent dans l’Évangile. Il s’agit, précisait-il, de ceux qui risquent la mise à l’écart de l’Alliance. Face à leurs interventions imprévues, l’autorité du Christ est manifeste en vérité. Jésus prend les suppliants comme modèle des croyants. Nous pouvons donc apprendre d’eux ce que c’est que de « croire ». En effet, le suppliant est tout entier rassemblé dans la prière pour se jeter aux pieds de Jésus. Pour les possédés, Jésus vient à leur rencontre là où les autres étaient effrayés. Il va chercher la personne et ne s’arrête pas au démon. En conclusion, le père Grieu nous exhortait à renouer avec la relation gratuite instaurée par Jésus. Il rappelait ainsi que l’Église ne constitue pas une organisation de promotion du confort mais elle annonce le salut à la suite du Christ.

Forts de cet enseignement, les participants ont pu partager des solutions concrètes pour leur lieu d’apostolat avant de clôturer l’événement par la messe.


Le troisième jour était consacré à un approfondissement au sein de la session inter-ministères. Après la mise en commun des expériences vécues au cours de l’Université de la solidarité et de la diaconie, nous avons eu la chance de bénéficier d’un ultime enseignement du père Étienne Grieu. En l’espèce, il souhaitait nous mettre en garde contre le risque de considérer la solidarité et la diaconie comme un fardeau ou quelque chose de second. En ce sens, il ne s’agit pas seulement dans la solidarité d’une conséquence éthique de la foi ou, pour le dire autrement, de valeurs dans lesquelles je trouve une cohérence avec ma foi. Ce schéma est insuffisant, car la solidarité y est réduite à l’état de conséquence alors qu’elle est source, c’est-à-dire qu’elle est un lieu où je suis nourri. Autrement, par cette réduction, l’exercice devient vite fatigant et aride parce que motivé par le seul devoir. Or, c’est, au contraire, un rendez-vous avec le Christ qui est proposé. C’est pourquoi il est question de véritables expériences spirituelles. L’autre devient l’essentiel. Le père Grieu insistait sur la phrase-clé suivante pour résumer cette attitude : « je le fais parce que c’est Toi ». Par conséquent, je me laisse mettre au large et habiter par la joie et la paix comme les disciples d’Emmaüs le cœur tout brûlant à l’écoute des enseignements de Jésus, tout comme lors de l’oraison, et lors de célébrations liturgiques. Cette expérience spirituelle ne se vit pas exclusivement dans l’instant, mais prend également forme dans la durée. Dans ce climat, la relation est nourrie par la gratuité et non plus par une évaluation mutuelle ou personnelle. Ici, le fait de vivre dans une grande précarité détache de la logique d’une hiérarchisation et catégorisation des personnes. La relation avec Dieu se simplifie lorsque le souci de se mesurer est évacué.

Par ailleurs, le père Grieu poursuivait en mentionnant que l’Église, précisément en tant que signe de l’Alliance nouvelle et éternelle, a toujours eu le souci de faire alliance avec « ceux qui ne comptent pas ». Pour appuyer son propos, le père Grieu citait le père Michel Dujarier. Ce dernier rappelle dans un de ses ouvrages que « le mot fraternité est le nom propre de l’Église ». La fraternité au sens premier, adelphotès en grec ancien, renvoie à des liens concrets et non pas à la seule vertu humaine. Elle désigne donc une communion dans la vie divine. L’Église en est pétrie, s’émerveillait le père Grieu. Cela signifie que privée de cette dimension essentielle, l’Église perd son dynamisme. L’alliance avec Dieu ne se limite pas à des convictions mais appelle à des actes.

En résumé, le message de l’Église contient celui de la solidarité. Dès lors, retrouver cette richesse permet de décloisonner les rapports. La solidarité ne devient plus un service sous-traité à certains, au risque que le reste de la communauté manque la rencontre avec l’autre en ne cultivant plus l’attention à tous. À la suite de l’apport du père Grieu, nous avons échangé en petits groupes à partir de textes choisis du Magistère, de Pères de l’Église et de Bossuet. Ensemble, nous avons compris que la faveur de l’Église s'est toujours portée vers les pauvres et que les servir n’était pas une option ou une activité accessoire, mais une exigence chrétienne posée en vertu de l’Incarnation elle-même.

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